Fin de l’été, délices de papier

Bien le bonjour à toi qui effleure d’un œil curieux ces quelques mots,

Petit bilan de lecture en cette fin d’été alors que les figues mûrissent sur le figuier et que l’herbe sèche attend la prochaine averse. Du fond de mon hamac, j’ai (encore) dégusté de chouettes histoires, toutes plus différentes les unes que les autres. En voici quelques-unes :

The Binding de Bridget Collins

On commence par The Binding de Bridget Collins que j’ai lu en anglais, il existe également une traduction française sous le nom suivant : Les livres d’Emmett Farmer.  Si vous lisez en anglais, cependant, n’hésitez pas à vous plonger dans la version originale, car la poésie de la langue et la manière dont l’autrice tisse sa narration au charme envoûtant sont l’un des gros atouts de ce livre. The Binding est un petit bijou émotionnel avec une touche de fantastique, une touche seulement qui fleurit au cœur de ce roman comme un dangereux secret et en imprègne les pages de la première à la toute dernière.

Voici un bref aperçu de l’histoire : dans le monde d’Emmett Farmer, il existe un art, une sorcellerie qui permet d’enfermer un souvenir, une mémoire douloureuse dans un livre. La personne ainsi liée se voit délivrée de cette mémoire encombrante et repart vivre sa vie plus légère, mais plus vide aussi, manquante d’une part d’elle-même : est-ce un service, un soin que procurent les étranges enlivreurs qui pratiquent cet art, ou plutôt une drogue, un outil dont abusent les puissants pour effacer leurs actes de la mémoire des autres ? Emmett, Alta et Lucian sont pris dans les mailles de cette malaisante sorcellerie ; on vibre avec eux, pour eux à chaque instant, la gestion du suspens et de l’émotion est impeccable. Conte gothique, histoire d’amour passionnelle, histoire de mémoire aussi et d’identité, The Binding est un livre qui reste longtemps imprimé dans le cœur. 

J’ai poursuivi mes explorations estivales avec un auteur que je souhaitais découvrir depuis longtemps, un auteur qui fait le pont entre littérature chinoise et française : François Cheng. 

L’éternité n’est pas de trop et Et le souffle devient signe de François Cheng

L’éternité n’est pas de trop est un roman d’une grande douceur poétique qui nous raconte l’histoire d’un homme qui revient dans la ville où, longtemps auparavant, il a rencontré une femme (qu’il n’a fait qu’apercevoir) et n’a depuis cessé d’aimer. Cette femme a vieilli, elle est désormais mariée, meurtrie par la vie et inaccessible ; malade. Cet homme qui est aussi un soigneur du vivant va patiemment se mettre à l’écoute de celle qu’il aime. Réflexion sur la nature de l’amour, de la sagesse, de la vie, cette histoire qui serait presque une parabole nous parle autant de la violence du monde que de la délicatesse et de la profondeur du cœur humain. 

Et le souffle devient signe n’est pas un roman à proprement parler mais un recueil très personnel des calligraphies de François Cheng : l’auteur y témoigne de cette philosophie du souffle qui a guidé sa vie et son écriture de calligraphe. Il nous parle de la calligraphie, pratique profondément spirituelle aussi puissante qu’intérieure, aussi spontanée que longuement creusée par des dizaines d’années à contempler la page blanche, à écouter ce souffle du vivant pour s’en laisser traverser. C’est un livre qui se contemple une page à la fois plus qu’il ne se lit, et qu’on peut ouvrir un peu au hasard des jours à l’endroit qui nous appelle pour en goûter la poésie et la sagesse, pour recevoir le signe là où, en nous, il n’y a plus de mots. 

Combattre de Thich Nhat Hanh

Pour continuer sur la vague des lectures spirituelles/de développement personnel/lectures Univers (choisissez votre terme préféré), j’ai lu Confrontation : un petit (par la taille) livre du moine bouddhiste vietnamien Thich Nhat Hanh – l’un des initiateurs du bouddhisme zen et de la pleine conscience en occident : paroles, respirations, prises de recul, ouverture à la compassion profonde pour aider à mieux dialoguer/vivre les relations conflictuelles et comprendre ce qui se joue derrière. Là aussi, un livre qui peut s’ouvrir ‘au hasard’ quand l’appel s’en fait sentir pour y piocher la sagesse nécessaire à la journée vécue. 

L’Atelier des Sorciers de Kamome Shirahama

Changeons de cap avec la lecture des six premiers tomes (série toujours en cours) d’un adorable manga appelé L’Atelier des Sorciers – condensé de richesse visuelle, de douceur, d’ingrédients/créatures trop mignon-ne-s (oui, je pense à toi ver-pinceau !) : on y suit les aventures du maître sorcier, Kieffrey, et de ses quatre apprenties. Sous couvert d’imaginaire, de légèreté et d’une bonne dose de feel-good, la mangaka Kamome Shirahama évoque les cheminements qui s’offrent à chacun et chacune en grandissant, les blessures qui forgent l’évolution des enfants, mais aussi la possibilité de changer sa trajectoire et l’importance de l’entraide et du regard bienveillant des aînés pour avancer. 

Et pour rester dans les belles images, j’ai découvert le roman graphique Peau d’Homme

Peau d’Homme de Hubert et Zanzim

Lecture engagée, féministe, humoristique et bourrée de petites piques mordantes ou tendres sur les traditions, les carcans sociaux ou de mœurs qui enferment et forgent la vision du monde. Dans cette histoire, Bianca, jeune fille mélancolique qui s’apprête à se marier se voit offrir par sa tante une ‘peau d’homme’ que les femmes se transmettent dans sa famille de génération en génération. En enfilant cette peau d’homme, Bianca va pouvoir découvrir le monde d’un point de vue masculin, les contradictions, les injustices et les libertés qu’il recèle. Très chouette roman graphique, résolument positif, tourné vers l’ouverture et la liberté, ou du moins la libération ; un bol d’air frais accompagné d’une patte graphique audacieuse et pleine de vie. 

Dans le cadre de mes explorations de la collection Exprim’ de Sarbacane, j’ai dernièrement lu Des Astres de Séverine Vidal, Brexit Romance de Clémentine Beauvais (de belles lectures) et le frais, pétillant, que dis-je, complétement déjanté Falalalalaaalalalala d’Emilie Chazerand. 

Falalalalaaalalalala de Emilie Chazerand

Falalalalaaalalalala, c’est une plongée dans l’Alsace, ses idiomatiques, sa culture culinaire et festive, la belle Strasbourg et l’esprit de Noël ; c’est aussi un roman « jeune adulte » (et plus !) qui parle de famille, de différence, de joie de vivre, de trouver sa place, qui parle d’amour sous mille formes différentes. Richard, grand gaillard de dix-neuf ans (approchant les deux mètres, si, si, c’est important^^), est le seul homme de la famille Tannenbaum, une famille composée de sa mère, grand-mère, grande-tante, tante et cousines, toutes naines.

Les Tannenbaum vivent ensemble et travaillent ensemble au sein de l’entreprise familiale : spécialités alsaciennes, calendrier de l’Avent, ferme d’animaux miniatures… pas exactement facile pour Richard de trouver sa place dans ce microcosme auquel il appartient, mais qui ne lui ressemble guère. Et puis il y a Lulu, la cousine préférée de Richard à qui on diagnostique un problème au cœur, diagnostique qui va amener son lot de bouleversements chez les Tannenbaum. J’ai beaucoup ri avec cette lecture défrisante et décapante, qui ne recule devant rien et laisse un goût de bredele en bouche et une bonne dose de tendresse pour le genre humain. 

Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? de Christiane Singer

Encore (et toujours), j’ai été transportée par la plume de Christiane Singer avec Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? qui vient nous chercher jusqu’aux tréfonds pour poser les grandes questions de la vie. Le regard de Christiane Singer n’accorde aucune concession, aucune marge de négociation ; on va droit à l’essentiel, droit au cœur dépouillé de ses illusions, mais baigné dans un amour du vivant, du vibrant, de l’indicible lumineux  si fort que c’est un dépouillement, un questionnement dont on redemande, bien qu’il ne laisse jamais indemne. Tout est dans ce merveilleux titre : ‘Où cours-tu ? Ne sais tu pas que le ciel est en toi ?’ En voici deux petits morceaux pour sentir sous les dents la texture de la parole de cette merveilleuse femme. 

Enfin, j’ai fait une génialissime découverte, ces derniers mois, en écoutant, chantonnant, mordillant, rythmant, la comédie musicale du très talentueux Lin-Manuel Miranda : Hamilton, inspirée de la biographie d’Alexander Hamilton écrite par l’historien Ron Chernow en 2004.  

Hamilton, the Musical, de Lin-Manuel Miranda

Musicalement, c’est génial d’audace, de mélange de genres ; une virtuosité des rythmes et des rimes, des harmonies superbes et des catchphrases, leitmotivs et refrains qui entretissent les quarante-huit morceaux en une splendide pièce musicale. Le cast original de Broadway est à tomber avec une complicité, une vivacité et un talent fou. Et tout cela sans parler du thème, improbable pour une comédie musicale : la vie d’Alexander Hamilton, père fondateur des Etats-Unis d’Amérique, juriste constitutionnaliste, homme politique et financier, officier militaire américain.  

En voici la bande-annonce, régalez-vous ! 

Et ici vous trouverez les 48 pistes de la comédie musicale Hamilton en libre écoute sur youtube :

Et joie, velours et falalalalaaalalalala, de nouveaux titres se sont ajoutés à ma Pile à Lire éternelle et grandissante. Voici sept d’entre eux : 

★ – Pour rester en lien avec ma plongée hamiltonienne, j’ai décidé de lire le Gmorning, Gnight!: Little Pep Talks for Me & You de Lin-Manuel Miranda, une collection de réflexions personnelles et positives partagées au quotidien sur les réseaux et rassemblées dans ce livre. 

★ –  Je voudrais lire aussi Le jardin des roses de Saadi, recueil de contes poétiques transmettant les enseignements de la philosophie soufie à laquelle je m’intéresse. 

★ – Se sont invitées sur ma pile à lire les Lymond Chronicles de Dorothy Dunnett sur lesquels Isabelle Bauthian ne tarit pas d’éloges, ce qui m’a donné très envie de m’y plonger. 

★ – A lire tout bientôt, je l’espère, le Fort Intérieur de Stella Benson, publié aux éditions Callidor et merveilleusement illustré par ma chère Anouck Faure

★ – Cela fait trèèèèès longtemps que ce titre aurait dû entrer sur ma liste, et l’y voilà enfin, une lecture qui promet de dépoter : Femme qui court avec les loups, histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage de Clarissa Pinkola Estès 

★ – Après avoir butiné le fascicule d’été des librairies indépendantes de ma région, se sont ajoutées sur ma liste : Colton song du Collectif Black Bone et Les toits du paradis de Mathangi Subramanian. 

★ – J’envisage de mâchouiller plusieurs volumes de la BD Tank Girl d’Alan Martin et Jamie Hewlett, dont j’ai découvert le personnage éponyme par le biais d’une certaine Iphigénie – et il s’agit d’un personnage que je voudrais creuser. 

Chère visiteuse, cher visiteur, je te laisse à tes propres lectures et dépose une fleur de glycine fraichement cueillie sur ton front. 

Lumière sur ta soirée, 

Siècle 

4 commentaires sur “Fin de l’été, délices de papier

  1. Domi dit :

    Que de conseils de lecture alléchants ! Et merci pour Hamilton, je suis intriguée !

    • Siècle Vaëlban dit :

      Ouuuuuiii, si tu as l’occasion d’écouter l’album en ligne, c’est d’une richesse… avec de la musique de très belle qualité, un nombre de jeux de mots musicaux et de rimes, une superbe caractérisation des personnages historiques, et une énergie flamboyante. Je te le recommande vivement.

  2. Roanne dit :

    Waouh, tu as encore réussi à lire beaucoup de beau titres ! et certains que je ne connaissais pas du tout font très envie.
    J’avoue que j’ai hâte d’avoir ton avis sur « Femme qui court avec les loups » car une amie me l’avait conseillé mais je ne suis pas certaine que ce soit pour moi.
    En tout cas, j’ai vraiment hâte de pouvoir mettre la main sur « Peau d’homme », même si je ne suis pas forcément fan des graphismes, je ne lis que des retours positifs dessus. Vivement le prochain salaire, car ça devrait être mon craquage graphique de septembre.

    • Siècle Vaëlban dit :

      Oui, j’ai lu des choses vraiment très enthousiasmantes, et là je suis à l’aube de mon prochain trio (je lis toujours plusieurs livres en même temps) : « Children of Blood and Bone » ; « 8848 mètres » ; « Femmes qui courent avec les loups », et ça va dépoter, je pense. Je te dirai pour le dernier ouvrage ce que j’en pense, ce doit là aussi et encore plus que pour de l’imaginaire relever de ces livres qui viennent à soi au ‘bon moment’. Pour « Peau d’Homme », je pourrais te le passer, sauf que je ne sais pas encore dans quel futur lointain nous aurons l’occasion de nous croiser, mais c’est une possibilité. Ravie que tu aies découvert des titres dans mon petit listing que tu ne connaissais pas, ma chère Roanne, et merci pour ton message.

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